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Une panne d’électricité libératrice, à New York le 9 novembre 1965


dimanche 25 janvier 2009, par Esteban




Une panne de courant... libératrice !

à New York le 9 novembre 1965



  • Source : le site internet lyonnais rebellyon.info
( https://rebellyon.info/rebellyon.info/article4460.html )

Une panne de courant... libératrice !

Publié dimanche 9 novembre 2008
 

Le 9 novembre 1965, une gigantesque rupture du courant électrique se produisit à New York. Mais, au lieu des scènes d’horreur que les politiciens imaginaient ce fut un immense soulagement. Ce fut presque une vacance du pouvoir ; pendant quelques heures on arriva plus près de la véritable anarchie qu’aucun de nous n’aura le bonheur de l’être jamais.

Comment une panne générale d’électricité arrive à décloisonner des millions d’individus pendant quelques heures…

A quoi ça tient le capitalisme, à pas grand chose !

Le 9 novembre 1965, vers 17h, à la centrale électrique Sir Adam Beck n°2 de Queenston dans l’Ontario, un petit relais électrique de dix centimètres sur dix centimètres, mit en panne de courant un sixième du territoire des Etats-Unis et deux Etats du Canada, soit trente millions de personnes, pour une durée allant de un quart d’heure à treize heures.

On peut remercier ce petit relais d’avoir, en plongeant la Côte Est dans l’obscurité, mis en lumière d’excellents principes anarchistes : la décentralisation, l’entraide, l’action directe.

Dès qu’ils purent se réunir en dépit de l’obscurité, le président Johnson, le gouverneur de l’Etat de New York et le maire déclarèrent qu’ils étaient contre les pannes d’électricité. Ils ordonnèrent au FBI et à d’autres de lancer une enquête.

La seule conclusion sera : « l’incident ne se serait pas produit si le fonctionnement des réseaux électriques avait été surveillé avec plus de soin. » Ce rapport n’osa pas prononcer le mot de décentralisation. Mais il dut recommander des sources autonomes de courant pour les aéroports, les ponts, les tunnels, et rappeler qu’à Boston personne ne fut coincé dans le métro, alimenté par une source d’électricité indépendante (en d’autres termes, décentralisée). Il oublia les hôpitaux, ce fut le rapport de la Ville de New-York qui souleva ce point délicat.

Entre parenthèses, la Statue de la Liberté, reliée au réseau du New Jersey (décentralisée donc) resta éclairée pendant toute la panne : pour une fois, elle disait la vérité…

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Ce 9 novembre 1965 New York ne fut éclairée que par la lueur de la lune et les phares des bagnoles… mais en fait beaucoup plus que d’habitude par le coeur des gens libérés d’un quelconque pouvoir !

Le blocage des transports, verticaux ou horizontaux, posa le plus de problèmes ; six cent rames de métro bloquées, plusieurs centaines de passagers bloquées à l’intérieur pendant huit heures, et soixante d’entre eux pendant quatorze heures. Même là, le leitmotiv fut la solidarité.

Une femme qui y resta six heures déclara : « Je n’aurais jamais pensé que les New-Yorkais puissent être comme ça. Ils semblaient libérés de toute leur colère. »

Dans un wagon, quelqu’un dirigea un choeur de calypso et de battements de mains. Lorsque le conducteur arriva pour les emmener à la surface, des couples étaient en train de danser. Panique nulle part.

Quand les pompiers réussissaient à atteindre un ascenseur, leur première question était : « Y a-t-il une femme enceinte ? »

On ne compte plus les fois où on leur répondit « Pas si vite, on vient juste de faire connaissance ! »


Une autre femme dit : « Notre conducteur apparaissait de temps en temps pour demander « ça va ? » et nous lui répondions tous « très bien », nous n’étions pas inquiets du tout ». Quelques âmes hardies quittèrent les rames et grimpèrent chercher les sorties de secours, puis retournèrent guider leurs compagnons d’infortune. Ailleurs, certains distrayaient les autres ; un ténor ici, un joueur d’harmonica là, voire un joueur de cornemuse ! Des chants en choeur en veux-tu en voilà. On échangeait ce qu’on avait de comestible au fond des poches, cacahuètes, bonbons, biscuits, aspirines. Un wagon se partagea des brioches et des tranches de saucisson, difficilement découpées au coupe-papier. A minuit, la direction du métro fit porter à manger à ceux que l’on n’avait pas encore évacués. Les employés découvrirent des passagers qui dormaient dans les bras les uns des autres : ils ne se connaissaient ni d’Eve ni d’Adam cinq heures plus tôt. Et pas un policier à l’horizon…

Pendant ce temps, les malheureux coincés dans les ascenseurs, 96 personnes rien que dans l’Empire State Building, subissaient leur sort avec la même placidité. Dans l’immeuble de la RCA, un monsieur démontra des postures de yoga. Quand les pompiers réussissaient à atteindre un ascenseur, leur première question était : « Y a-t-il une femme enceinte ? » On ne compte plus les fois où on leur répondit « Pas si vite, on vient juste de faire connaissance ! »

En surface, autant de solidarité et de coopération qu’en sous-sol. Sur les 4000 autobus de New-York, 3500 roulèrent, mais, de loin, cela ne suffit pas. Des milliers de personnes firent donc du stop et furent emmenées par de parfaits inconnus. On fit la queue aux arrêts de bus sans pousser, sans même profiter de la confusion pour ne pas payer ! Il aurait été d’ailleurs exagéré de demander que ceux qui s’installèrent sur les pare-chocs des bus paient…

On peut garder en mémoire l’histoire de cette femme aveugle, pour qui évidemment l’absence d’éclairage ne changeait rien, et qui, merveilleux retour des choses, guida les passagers de six rames

hors du métro parfaitement obscur !

A New-York, on aurait dit que la ville entière était en train de lire l’Entraide de Kropotkine quand la panne a frappé

New-York est censée être la ville la plus dure, la plus égoïste du monde. Et la panne se produisit aux heures de pointe, avec 800.000 personnes dans le métro, et 100.000 dans les gares qui attendaient leur train, et on ne sait combien de milliers dans les étages supérieurs des gratte-ciels, et on ne sait combien de centaines dans les ascenseurs. Or il n’y eut pas la moindre panique. Il n’y eut aucune vague de crimes ou de pillage, alors que les flics étaient très occupés à sauver des personnes en danger et à répondre aux urgences. 5000 d’entre eux revinrent travailler, de même que 7000 pompiers en permission.

Bien sûr, certains se sont comportés en bons capitalistes et vendirent : des bougies un dollar la pièce, une course en taxi 50 dollars, une lampe électrique cent dollars…

Mais contre combien d’émules de cette femme de ménage noire, qui conduisit avec sa lampe une avocate jusqu’à sa porte au dixième étage (ascenseur en panne…), puis lui a donné deux bougies, et a repoussé le pourboire de 5 dollars en disant « C’est bon ma petite, ce soir, tout le monde s’entraide. » ?

Ou de cette femme aveugle, pour qui évidemment l’absence d’éclairage ne changeait rien, et qui, merveilleux retour des choses, guida les passagers de six rames hors du métro parfaitement obscur !

Des volontaires réglaient la circulation avec leurs lampes de poche et leurs mouchoirs. Ceux qui avaient des transistors (et des piles en charge) se sont mis à écouter les nouvelles pour les partager avec tout un chacun. On faisait calmement la queue devant les cabines téléphoniques, les restaurants, les cafés.

Si quelques êtres humains se comportèrent en capitalistes, il y eut bien plus de capitalistes qui se comportèrent en êtres humains.

Une jeune fille déclara à un reporter : « On devrait faire ça plus souvent. Tout le monde devient bien plus sympa. On est une grande communauté, chacun a le temps de s’arrêter et de causer. »

Time parla « d’un esprit de camaraderie et de gaieté, né dans la crise » et l’opinion générale fut : que « les gens révélèrent le Meilleur d’eux-mêmes ».

Evidemment, dans notre type de société, « les gens » ne peuvent donner que le pire d’eux-mêmes. C’est pourquoi l’absence de cette société (rappelons-nous que l’Etat avait quasiment disparu) permit à tous et toutes d’agir simplement en êtres libres.

Tout certes ne fut pas douceur et illumination pendant l’obscurité : une centaine de fenêtres furent brisées et une quarantaine de pilleurs arrêtés (aucun en uniforme). Une douzaine seulement de magasins furent pillés, dans une ville de huit millions d’habitants à l’époque !

Pour une période de seize heures normale, en moyenne 380 personnes sont arrêtées à New-York pour vol, effraction ou violence. Ce soir-là, 65. Les feux rouges s’arrêtèrent tous. On ne déplora que 33 accidents d’automobile avec des blessés pour cette période !

Si quelques êtres humains se comportèrent en capitalistes, il y eut bien plus de capitalistes qui se comportèrent en êtres humains : Les grands magasins ouvrirent leurs portes, en particulier celles de leur rayon ameublement (avec petit déjeuner le matin, s’il vous plaît). Un traiteur offrit du caviar et du café à cinq cents personnes. Un magasin qui affréta deux bus pour ramener ses clients chez eux demanda à ses employés de faire la chaîne pour que les clients ne se perdent pas dans l’obscurité : ils firent la ronde, ce qui s’avéra bien plus drôle. Au port, les navires descendirent leurs passerelles et hébergèrent 400 personnes dans les cabines de luxe. Les casernes, les terminaux aériens, les églises, les gares et certains salons de coiffure aux profonds fauteuils ouvrirent grand leurs portes.

A propos d’églises, les centaines de personnes qui dormirent sur les durs bancs de la cathédrale St-Patrick découvrirent qu’elle n’a pas de toilettes. Depuis 80 ans on envoie fidèles et visiteurs « à l’hôtel en face, ce qui prouve bien que le bon dieu est dans la merde ».

Incroyable mais vrai, nombre d’hôpitaux ne disposaient pas de générateurs se mettant automatiquement en route en cas de panne ; trente volontaires passèrent donc la nuit à se relayer pour faire marcher à la main des poumons d’acier ! ! !

« Nous ne craignons pas de dire : fais ce que tu veux, comme tu le veux ; car nous sommes persuadés que la grande majorité de l’humanité saura toujours se comporter et agir d’une manière utile à la société dès qu’elle se sera libérée des entraves actuelles. »

Kropotkine

« Bien loin de réclamer une autorité coercitive qui les force à agir pour le bien commun, les humains se comportent de manière sociale parce que la sociabilité est un instinct qu’ils ont hérité de leurs plus lointains ancêtres dans la chaîne de l’évolution… Sans cette tendance naturelle à l’entraide, les humains n’auraient pu survivre dans la lutte pour la vie. »

John Hewetson

Après coup, les politiciens félicitèrent leurs concitoyens pour « leur splendide comportement », sans réaliser que ce splendide comportement prouve que les politiciens sont inutiles.

Ce texte a été déniché au CIRA de Lausanne, Centre International de Recherches sur l’Anarchisme, 24 avenue Beaumont, Lausanne, Suisse.

Si un enfant te demande de lui raconter une histoire, pense à celle-ci et en plus tu peux lui dire que c’est une histoire vraie…

Il s’est passé la même chose en mai/juin 1968. Il n’y avait plus d’essence, plus de télé. Les gens sont descendus de chez eux, discutaient avec leurs voisins, chantaient ensemble dans la rue, les maisons des jeunes, les salles de quartier étaient prises d’assaut lorsqu’il y avait un débat ou une réunion…
Si vous avez vécu de tels instants, ou d’autres lors des luttes de cette époque, faites nous en part sans vous occuper des fautes d’orthographe. Nous aimerions écrire un article à cent mains avec de nombreux lecteurs et de nombreuses lectrices de Rebellyon.info sur les moments intenses vécus en 1968.
Merci d’envoyer votre texte à cette adresse :
carnetsdemai (Arobase) no-log.org
On enlèvera les noms et l’article final vous sera envoyé pour accord avant publication.


 


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