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Sauvons l’Islande d’Alcoa !


samedi 7 juillet 2007, par Esteban


  • Source : http://www.savingiceland.org/french



Face à l’appétit insatiable de multinationales,
capables de détruire à jamais une région pour de l’argent,
le désir de refuser cette impasse qu’est le capitalisme n’est que plus fort.

*

Extraits de textes et articles :

S.O.S. ISLANDE - Appel pour un rassemblement international en Islande contre les barrages : le 6 juillet 2007

A l’aide ! La nature est menacée

Empêchons-les de détruire l’Islande !

Empêchons le gouvernement islandais et les industriels d’Alcoa de détruire le dernier espace de nature sauvage au profit d’une usine d’aluminium.

Il faut avertir les gens que le plan général de développement de l’île est de faire de sa belle nature un enfer d’industrie lourde au service des entreprises d’aluminium !

Tout cela a déjà commencé. Le projet de barrage de Kárahnjúkar dans les montagnes islandaises est déjà bien avancé. Mais il peut encore être arrêté !

Comment pouvez-vous aider ?

Joignez-vous à nous sur le site du barrage et rendez visible votre opposition à la catastrophe environnementale qu’il représente !

Les highlands de l’Islande du nord, où se situe le glacier Vatnajökull, sont la dernière grande région vraiment sauvage en Europe occidentale. Actuellement plusieurs multinationales cherchent à exploiter le potentiel hydro-éléctrique au cœur même de cette zone jusque-là immaculée. Elles travaillent à de grands projets industriels concentrés essentiellement sur la production d’aluminium.
Ces entreprises, avec le soutien actif du gouvernement islandais, sont sur le point de provoquer une catastrophe environnementale d’une ampleur sans précédent.
Une série de barrages gigantesques sont déjà en pleine construction à Kárahnjukar, dans le nord-est du pays L’électricité produite est destinée uniquement à un énorme fondeur d’aluminium. Pas un kilowatt de l’électricité produite par les barrages ne sera utilisé pour l’alimentation domestique.
La seule soi-disante “raison économique” de ces barrages est donc l’alimentation en électricité d’une usine d’aluminium appartenant à ALCOA (gérant globale américan d´aluminium) qui doit être construite dans le fjord de Reydarfjördur pour être opérationnelle dès 2007.
Quelques-unes des régions qui seront en conséquence inondées par le réservoir creusé par les barrages sont protégées non seulement par la loi islandaise, mais aussi par les lois internationales. Toutes ces régions d’une beauté stupéfiante seront sacrifiées pour le seul profit de quelques entreprises. Parmi ces régions, il faut malheureusement compter Kringilsárrani, au pied du grand glacier (Vatnajökull) : c’est un paysage de mousse fleurie, domaine des rennes et d’espèces d’oiseaux protégées.
D’autres sociétés multinationales s’intéressent à l’Islande. Ce qui n´est guère étonnant, étant données les recommandations du ministre de l’Industrie, Madame Valgerdur Sverrisdóttir : "L’Islande," a-t-elle déclaré, "est le meilleur petit secret de l’industrie aluminium mondiale”. Les entreprises d’aluminium sont évidemment candidates à l’exploitation d’une usine alimentée par une énergie bon marché.
Plusieurs régions sont menacées par des projets à venir : comme, par exemple, Thjorsarver, entre les deux glaciers Hofsjökull et Vatnajökull. ALCOA projette déjà une seconde usine dans le Nord du pays, et ALCAN et Century ont d’ors et déjà reçu le feu vert pour élargir les installations qu’elles exploitent déjà dans le Sud-Ouest de l’Islande. Century souhaite construire une deuxième usine près de Keflavik, à Helguvik. En plus de tout cela, R&D Carbon Ltd. viennent d’obtenir l’autorisation d’un projet hautement polluant d’usine de pile à combustible à Katanes, dans la région de Hvalfjördur, près de Reykjavik. Les scientifiques ont alerté la population de Reykjavik des conséquences dramatiques de ces décisions : si ces projets sont menés à terme, ils prédisent que la baie de Flaxafloi, où se trouve Reykjavik, la capitale de l’Islande, « est condamnée à devenir rapidement la zone d’Europe du Nord la plus sérieusement polluée. »
Toutes les entreprises citées ici sont connues pour leurs condamnations diverses et nombreuses, dans le monde entier, pour infractions contre les lois sur l’environnement. Elles se sont rendues coupables de dommages et désastres naturels pour lesquels elles sont toujours poursuivies.
L´importance écologique, botanique, géologique et biologique de ces endroits a été démontrée par des scientifiques du monde entier.
Le peuple islandais n’a jamais été consulté, car ce n’est pas le style du gouvernement habitué à être brusque et arrogant. Pourtant, une grande partie de la nation ne veut pas sacrifier la beauté et la pureté du pays pour le seul profit des multinationales. Un sondage réalisé au mois de mars 2005 a montré qu’environ 50% de la population islandaise considère que le projet Kárahnjúkar est une énorme erreur.

Le projet de Karahnjukar fut décidé par le précédent gouvernement (composé des deux même partis politiques que le gouvernement actuel !) nonobstant les recommandations des scientifiques dont les rapports furent ignorés alors qu’ils mettaient en garde contre l’instabilité géologique du lieu : la zone est en effet au-dessus et voisine de plusieurs volcans actifs, et l’activité sismique y est intense.
Le gouvernement islandais n’a reculé devant rien pour parvenir à ses fins, s’autorisant même les menace physiques et le harassement professionnel contre ceux qui s’opposaient à sa politique en matière d’énergie : les écologistes islandais, en autres, livrent donc une bataille qui s’annonce longue et difficile.

La Haute Cour de Justice d’Islande a rendu un arrêt en juin 2005 invalidant le permis de construire de l’usine ALCOA, dans la mesure où cette entreprise n’avait pas procéder à l’évaluation obligatoire des conséquences environnementales de leur projet : et pourtant, la construction continue comme si rien ne s’était passé. Preuve qu’il y a bel et bien quelque chose de pourri dans la République Alumimiumienne d’Islande !

En hâte, ALCOA a cependant mis au point un document rempli de phrases vides et écrit dans une langue de bois annonçant que « les moyens de contrôle de la pollution les plus modernes seront utilisés… » : on contrôlera la pollution, on ne l’empêchera pas ! Nous avons désormais l’habitude de ce type de double langage de la part d’ALCOA et de Landsvirkjun, l’EDF islandaise, qui lui offre le projet. Les gens sont de moins en moins dupes de leurs manœuvres.

La crise bancaire actuelle que traverse l’Islande n’est pas sans rapport avec ce monumental projet. En effet, le projet, réalisé par Landsvirkjun, l’EDF islandaise, a exigé un prêt énorme que l’Etat islandais s’est engagé à garantir.

L’expression « problème Kárahnjúkar » est désormais courante en Islande, car les gens perdent de plus en plus leur emploi dans tout le pays à cause du développement incontrôlé de l’économie de la petite Islande, développement artificiellement gonflé par le projet Kárahnjúkar. De nombreuses entreprises islandaises d’import-export ont fait faillite et d’autres sont contraintes de délocaliser leur activité à cause de la surévaluation artificielle actuelle de la monnaie islandaise. L’inflation est par ailleurs très importante sans que le gouvernement parvienne à la maîtriser, essentiellement à cause de l’emballement croissant de ses projets financièrement incontrôlés d’industrie lourde.

La récente crise bancaire fut prédite par de nombreux économistes opposés au projet, parmi lesquels des experts consultés par le précédent gouvernement qui ignora leur mise en garde. La communauté internationale a depuis donné raison aux experts et tort au gouvernement.

Si le gouvernement fit la sourde oreille aux recommandations des experts en économie d’une part, il refusa aussi surtout d’écouter les géologues islandais et américains qui le mirent en garde contre le choix du lieu d’implantation des barrages. Certains rapports furent même falsifiés dans le dos de leurs auteurs afin de manipuler les différentes commissions. Ce que les géologues pointaient, c’était, entre autres danger, le risque très important que l’énorme masse d’eau du bassin de rétention, par son poids, engendre de nombreuses fissures supplémentaires dans la croûte instable de la zone. La conséquence, c’est que les barrages ne pourront sans doute jamais produire toute l’électricité attendue.

L’ironie, c’est que l’un des arguments principaux en faveur des barrages consiste à dire que l’hydroélectricité est une énergie propre. Or, les réservoirs vont engloutir une végétation qui va pourrir et contribuer, dans une large mesure, à l’émission de gaz à effets de serre. Des études récentes ont montré que les usines hydroélectriques produisent une quantité importante de CO2 et de méthane – certaines produisent même plus de gaz à effet de serre que les usines fonctionnant avec l’énergie fossile.

Le risque est plus important encore : les réservoirs d’eau risquent de ne pas offrir longtemps de matière première pour produire de l’énergie, car à cause des sédiments charriés par l’eau des rivières glacières, les bassins ne tarderont pas à être plein d’une boue inutile et néfaste dans un barrage. De plus, le niveau sans cesse variable des bassins laissera souvent s’échapper des grandes quantités de limon, provoquant des tempêtes de poussière tandis que le sevrage d’eau d’une partie de la région accélèrera le phénomène de désertification et d’érosion qui condamne à terme une partie de la végétation des régions tout autour.

Il va de soi, en outre, qu’en privant le milieu marin du limon apporté normalement par les rivières glacières, on menace à moyen terme les ressources de la pêche islandaise, qui est l’une des industries les plus importantes de l’île. Les conséquences de ces barrages sont donc sans nombre et toutes désastreuses écologiquement, géologiquement, socialement et économiquement.

Le projet Kárahnjúkar est déjà très en retard. Et les experts s’accordent à reconnaître que 90% des dommages irréversibles pour l’environnement seront provoquées par l’engloutissement sous les eaux de la région au moment de l’immersion. Or, plus la construction des barrages et des tunnels prend de temps, plus nous disposons de temps pour tenter de l’arrêter.

Nos revendications sont les suivantes :
L’arrêt immédiat de la construction des barrages de Kárahnjúkar.
Une enquête sur la manière dont la recherche scientifique a été détournée et sur la manière dont les décisions furent prises de manière autocratique.
Une publication de tous les projets d’industrie lourde en cours afin qu’une consultation de la population soit conduite à propos du patrimoine national !

Il faut ici mentionner le sort fait aux ouvriers d’Impregilo, le maître d’œuvre italien du projet Kárahnjúkar : ils travaillent dans des conditions d’hygiène et de danger inadmissibles dans un pays développé. Les syndicats islandais n’ont cessé depuis le début du chantier de dénoncer ces conditions de travail scandaleuses. Or, Impregilo a été autorisé à enfreindre la loi. Rappelons que les ouvriers de ce chantier sont majoritairement étrangers, notamment portugais et chinois, qu’ils ne connaissent donc pas ou peu leurs droits, la langue et les règles de sécurité du pays. En faisant venir ces ouvriers de l’étranger, le gouvernement accepte que soit remis en cause les conventions sociales qui assurent la paix sociale dans ce pays depuis son indépendance. L’argument principal en faveur de la construction de l’usine d’aluminium était de créer des emplois dans l’Est du pays afin d’endiguer l’exode massif de l’Est vers Reykjavik.
Or, 80% des employés y sont et y seront étrangers : plutôt que de développer l’emploi dans l’est, le gouvernement encourage une immigration incontrôlée et mal accueillie qui sème les germes d’un racisme et d’une xénophobie à venir. L’exode continue et l’Est se peuple d’étrangers exploités.
Les Islandais sont prêts à livrer bataille pour de nombreuses années, mais un soutien international, une pression de l’étranger sont d’une importance capitale dans un tel combat. ALCOA a payé pour siéger au comité américain du World Wide Fund for Nature. Cela explique en partie la faiblesse de l’écho rencontré par notre cause.
La menace qui pèse sur la nature islandaise n’est pas une affaire seulement intérieure : la pollution ne connaît pas de frontière. Le patrimoine naturel islandais appartient au patrimoine naturel de l’humanité, c’est donc l’humanité qui doit le défendre lorsqu’il est menacé, surtout lorsqu’il l’est au seul profit d’intérêts privés.

***
La mobilisation internationale de l’an passé stimula énormément notre combat, c’est pourquoi nous espérons que la participation à la manifestation de juillet 2006 rassemblera encore plus de monde.
Le rassemblement contre le projet Kárahnjúkar a réuni l’an passé des sympathisants du monde entier. Ils vinrent de Grande-Bretagne, d’Espagne, d’Autriche, d’Euskal Herria, de Suède, de Belgique, du Canada, d’Italie, de France, d’Allemagne, de Pologne, du Luxembourg et des Etats-Unis. Malheureusement, encore trop peu d’Islandais se joignirent au camp, l’opposition et la manifestation n’étant pas traditionnellement dans la mentalité islandaise. Cette mobilisation internationale fait néanmoins bouger les choses.
Grâce à la mobilisation de 2005, le public islandais put enfin être informé des conséquences réelles du projet Kárahnjúkar sur l’économie, l’environnement et le peuplement du pays : le journal principal, Morgunbladid, est traditionnellement très proche des partis au gouvernement et répugne à donner la parole aux experts en économie opposés au projet et aux scientifiques qui prédisent les conséquences les plus funestes.
En réponse à cette prise de conscience, la mairie de Reykjavik qui détient 45% de Landsvirkjun, l’EDF islandaise, a finalement voté en janvier 2006 un décret s’opposant à la poursuite de la destruction de Thjórsárver, dans l’Ouest. Cela contraignit ALCAN à renoncer à exiger de l’électricité en provenance de Thjórsárver et Landsvirkjun à abandonner son projet pour le site Ramsár.
Le rassemblement de 2006 aura lieu dans une zone à proximité de Kárahnjúkar et incarnera la lutte contre l’écocide géant en cours sur l’île. Il est organisé par l’association « Íslandsvinir » (les amis de l’Islande).
Le but de ce rassemblement est d’assurer une opposition non-violente à la destruction de la nature islandaise et de ses ressources naturelles, d’informer le public des enjeux de ce plan général de développement de l’île dont nous avons fait état ici. Le rassemblement proposera de nombreuses événements artistiques et politiques afin de donner un écho important au combat.
Comme en janvier 2006 où les principaux groupes de variété islandaise, dont Sigur Ros et Björk, avaient participé à un concert de soutien au combat à Reykjavik, les groupes islandais les plus célèbres apporteront leur soutien actif et artistique.
L’Islande est le dernier endroit d’Europe où il est possible de trouver une nature sauvage, immaculée et magique. Nous devrions la protéger et l’admirer et non la détruire. Nous ne pouvons pas nous permettre de laisser quelques uns détruire ces trésors de manière irréversible pour leurs petits profits.

LE PROJET KÁRAHNJÚKAR DOIT ÊTRE ARRÊTE AU PLUS VITE !!!

ALCOA DOIT ÊTRE EMPÊCHE DE NUIRE !!!

METTONS UN TERME A L’INDUSTRIE LOURDE SUR L’ÎLE !!!

Le rassemblement commence le 21 juillet 2006. Pour tout contact ou pour manifester son soutien : www.savingiceland.org
Si vous avez envie de nous aider vous pouvez :
* assister au camp internationale ; aux environs de Kárahnjukar cet été, 2006.
* faire un don pour l’alimentation du camp, pour l’équipement/provisions (voire le ’wish list’) ou bien par des dons d´argent (ce que vous pouvez faire en ligne)

Adresse électronique : savingiceland@riseup.net
Site : www.savingiceland.org

Quelques informations supplémentaires :
Le gouvernement actuel en Islande, faisant peu de cas de la préservation de la nature, favorable à l´industrie lourde distribue une énergie électrique à très bas prix afin d’attirer des investisseurs étrangers. Ainsi, l´entreprise nationale d’énergie, Landsvirkjun, fait actuellement construire à Karahnjukar à l´est de l´île, par son maître d’œuvre Impregilo, une entreprise italienne, un gigantesque barrage, à Karahnjúkar : Il aura 193 mètres de haut et le réservoir d´eau de Halsalon couvrira un espace de 57 km2. Ce barrage est destiné exclusivement à l´alimentation d´une immense usine d´aluminium (d´un coût de 1,2 milliard de dollars et produisant 322.000 tonnes d´aluminium par an) que l´entreprise américaine ALCOA est en train de construire dans un des fjords de l´est. On prévoit d´ailleurs de construire plusieurs autres centrales d’hydroélectricité et plusieurs autres usines d’aluminium : les projets ne manquent donc pas. Il est vrai que les sources d´énergies potentiellement utilisables en Islande sont considérables, mais il faut savoir comment cette capacité est évaluée et à quel prix.
Le domaine des highlands n´est pas entièrement désertique, comme certains veulent nous le faire croire. Dans l´est justement, où l´on construit la centrale de Karahnjukar, la végétation s´étend du pied du glacier jusqu´à la mer, ce qui est rare en Islande ; de vastes étendues de verdure et de végétation seront inondées avec la construction de la centrale électrique. Et ce qui ne disparaîtra pas sous l´eau sera détruit par l´érosion éolienne. La rivière glaciaire charrie des tonnes et des tonnes de sable très fin et, après la formation du lac nécessaire à la station hydroélectrique, ce sable fin ira s´amasser sur les bords du lac ; le vent l’emportera avec lui et détruira avec de vastes étendues de verdure situées à l’extérieur de la zone. De même, une soixantaine de chutes d´eau et des terrains où se rassemblent des nombreux troupeaux de rennes et où nichent les oies à bec court vont être submergés. Cette région est située sur une ceinture volcanique encore active et témoigne d´une activité géologique unique comportant encore des marques de formation de la terre par la glace et le feu.
Le 1er août 2001, l´Agence nationale de la planification d´Islande qui conseille les autorités en matière de développement urbain, économique et technologique a prononcé son verdict : « les conséquences à moyen et à long terme du barrage sur l´écosystème islandais sont telles que nous désapprouvons le projet de construction. » Or, le rapport est resté lettre morte car le 20 décembre 2001, la ministre de l´Environnement approuvait le début des travaux.
En outre, la fonderie d’aluminium qui devra être mise en marche en 2007 n’a toujours pas reçu de permis de construire. Mais comme le projet est considéré comme acquis par les autorités qui ont réussi à l’imposer ainsi à une partie de l’opinion publique, cette absence de permis de construire n’empêche pas les travaux d´infrastructure d’être déjà largement avancés.
La construction de la centrale hydroélectrique à Karahnjukar est une catastrophe écologique sans précédent dans l’Occident.

Les versions courtes, 5 et 2 pages, peuvent servir pour faire des circulaires, des dépliants, des feuilles de renseignements...

[« version mi-courte », 5 pages]

Appel pour un rassemblement international en Islande contre les barrages : le 21 juillet 2006.

Empêchons le gouvernement islandais et les industriels d’Alcoa de provoquer une catastrophe environnementale d’une ampleur sans précédent.

Joignez-vous à nous sur le site du barrage et rendez visible votre opposition !

Les highlands de l’Islande du nord, où se situe le glacier Vatnajökull, sont la dernière grande région vraiment sauvage en Europe occidentale. Actuellement plusieurs multinationales cherchent à exploiter le potentiel hydro-éléctrique au cœur même de cette région. Elles travaillent à de grands projets industriels concentrés essentiellement sur la production d’aluminium.
Ces entreprises, avec le soutien actif du gouvernement islandais, sont sur le point
Une série de barrages gigantesques sont déjà en pleine construction à Kárahnjukar, dans le nord-est du pays L’électricité produite est destinée uniquement à un énorme fondeur d’aluminium. Pas un kilowatt de l’électricité produite par les barrages ne sera utilisé pour l’alimentation domestique.
La seule soi-disante “raison économique” de ces barrages est donc l’alimentation en électricité d’une usine d’aluminium appartenant à ALCOA (gérant globale américan d´aluminium) qui doit être construite dans le fjord de Reydarfjördur pour être opérationnelle dès 2007.
Quelques-unes des régions qui seront en conséquence inondées par le réservoir creusé par les barrages sont protégées non seulement par la loi islandaise, mais aussi par les lois internationales. Toutes ces régions d’une beauté stupéfiante seront sacrifiées pour le seul profit de quelques entreprises. Parmi ces régions, il faut malheureusement compter Kringilsárrani, au pied du grand glacier (Vatnajökull) : c’est un paysage de mousse fleurie, domaine des rennes et d’espèces d’oiseaux protégées.
Plusieurs régions sont menacées par des projets à venir : comme, par

[version courte]

Appel pour un rassemblement international
en Islande contre les barrages : le 21 juillet 2006

Les highlands de l’Islande du nord, où se situe le glacier Vatnajökull, sont la dernière grande région vraiment sauvage en Europe occidentale. Actuellement plusieurs multinationales cherchent à exploiter le potentiel hydro-éléctrique au cœur même de cette zone jusque-là immaculée. Elles travaillent à de grands projets industriels concentrés essentiellement sur la production d’aluminium. Ces entreprises, avec le soutien actif du gouvernement islandais, sont sur le point de provoquer une catastrophe environnementale d’une ampleur sans précédent.
Une série de barrages gigantesques sont déjà en pleine construction à Kárahnjukar, dans le nord-est du pays. Ce projet est déjà très en retard. Les experts s’accordent à reconnaître que 90% des dommages irréversibles pour l’environnement seront provoquées par l’engloutissement sous les eaux de la région au moment de l’immersion. Or, plus la construction des barrages et des tunnels prend de temps, plus nous disposons de temps pour tenter de l’arrêter.
Nos revendications sont les suivantes :
L’arrêt immédiat de la construction des barrages de Kárahnjúkar.
Une enquête sur la manière dont la recherche scientifique a été détournée et sur la manière dont les décisions furent prises de manière autocratique.
Une publication de tous les projets d’industrie lourde en cours afin qu’une consultation de la population soit conduite à propos du patrimoine national

Les Islandais sont prêts à livrer bataille pour de nombreuses années, mais un soutien international, une pression de l’étranger sont d’une importance capitale dans un tel combat. La menace qui pèse sur la nature islandaise n’est pas une affaire seulement intérieure : la pollution ne connaît pas de frontière. Le patrimoine naturel islandais appartient au patrimoine naturel de l’humanité.

La mobilisation internationale de l’an passé stimula énormément notre combat, c’est pourquoi nous espérons que la participation à la manifestation de juillet 2006 rassemblera encore plus de monde. Grâce à la mobilisation de 2005, le public islandais put enfin être informé des conséquences réelles du projet Kárahnjúkar sur l’économie, l’environnement et le peuplement du pays.
Le rassemblement de 2006 aura lieu dans une zone à proximité de Kárahnjúkar et incarnera la lutte contre l’écocide géant en cours sur l’île. Il est organisé par l’association « Íslandsvinir » (les amis de l’Islande).
Le but de ce rassemblement est d’assurer une opposition non-violente à la destruction de la nature islandaise et de ses ressources naturelles, d’informer le public des enjeux de ce plan général de développement de l’île dont nous avons fait état ici. Le rassemblement proposera de nombreuses événements artistiques et politiques afin de donner un écho important au combat. Comme en janvier 2006 où les principaux groupes de variété islandaise, dont Sigur Ros et Björk, avaient participé à un concert de soutien au combat à Reykjavik, les groupes islandais les plus célèbres apporteront leur soutien actif et artistique.
L’Islande est le dernier endroit d’Europe où il est possible de trouver une nature sauvage, immaculée et magique. Nous devrions la protéger et l’admirer et non la détruire. Nous ne pouvons pas nous permettre de laisser quelques uns détruire ces trésors de manière irréversible pour leurs petits profits.

LE PROJET KÁRAHNJÚKAR DOIT ÊTRE ARRÊTE AU PLUS VITE !!!

ALCOA DOIT ÊTRE EMPÊCHE DE NUIRE !!!

METTONS UN TERME A L’INDUSTRIE LOURDE SUR L’ÎLE !!!

Le rassemblement commence le 21 juillet 2006. Pour tout contact ou pour manifester son soutien : www.savingiceland.org / Adresse électronique : savingiceland@riseup.net

Si vous avez envie de nous aider vous pouvez :
Assister au camp internationale ; aux environs de Kárahnjukar cet été, 2006.
Faire un don pour l’alimentation du camp, pour l’équipement/provisions (voire le ’wish list’) ou bien par des dons d´argent (ce que vous pouvez faire en ligne)

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SAUVEZ LA DERNIERE GRANDE PLAINE SAUVAGE DE L’EUROPE DE L’INDUSTRIE LOURDE / CAMPE D’ACTION 2007 / COMMENCE LE 6 JUILLET / ISLANDE - Saving Iceland Francais sticker

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LE CAS DU BARRAGE DE KÁRAHNJÚKAR

Nous souhaiterions attirer votre attention sur le plus grand chantier
hydraulique jamais entrepris en Islande (Impregilo etc.) qui a, et
ceci est une première dans l’histoire de l’Islande, pour unique but
d’alimenter en électricité une gigantesque fonderie américaine
d’aluminium 346.000 t/an (ALCOA, Bechtel) et sur les actions que nous
menons pour lutter contre la dérive manifeste des autorités
islandaises dans l’exploitation outrancière de la nature islandaise au
profit de quelques multinationales.

Il s’agit de la construction d’un ensemble de barrages à Karahnjukar
au nord du glacier Vatnajökull, de la déviation d’une rivière glacière
et de la création d’un réservoir immense. Nous souhaitons attirer
l’attention sur la manière dont les autorités islandaises ont imposé
ce projet sans en informer dûment la population islandaise. Ce projet
est illustre parfaitement la manière dont on impose un projet (en
l’occurrence un chantier gigantesque) grâce à des procédés
contestables : dans le secret, les menaces ambiantes, les silences
orchestrés par les médias, parvenant ainsi à se doter d’une légalité
douteuse.

Pourquoi protester encore alors que le site est en fin de construction
 ? Nous protestons vivement malgré les pressions depuis cinq ans contre
ce projet de barrages à une échelle gigantesque, contre la méthode
employée, contre le principe d’intimidation, contre le refus
d’informer, contre la construction de ce gigantesque chantier au
mépris de la population islandaise. Karahnjukar est le symbole de ce
qu’il ne faut pas faire. Nous souhaitons dire haut et fort : « Plus
jamais ça » !

Le site de Karahnjukar englobe une série de barrages, déjà en fin de
construction, malgré les nombreux avertissements des scientifiques,
dont les rapports ont été ignorés, contre l’instabilité géologique du
lieu. Les barrages sont situés sur une faille dans une zone sismique
et volcanique et le versant nord de Vatnajökull (Brúarjökull) avance
périodiquement (dans les années 60 pour la dernière fois) d’une
dizaine de kilomètres (vers le futur réservoir et ses barrages).

Le plus grand d’entre eux, le mégabarrage hydroélectrique de
Karahnjukar (193m de haut) au nord du glacier Vatnajökull, et les deux
barrages de chaque côté formeront un immense réservoir, sont à eux
seuls une catastrophe écologique sans précèdent en Europe qui va
détruire tout un écosystème dans une zone jusque-là partiellement
protégée (Kringilsárrani) dont l’électricité est destinée à fournir de
l’énergie à un énorme fondeur d’aluminium appartenant à ALCOA qui doit
être opérationnel en octobre 2007.
57 km2 de terres seront submergées au mois de septembre prochain pour
la création du réservoir d’Halslon, ce qui va avoir un impact
irréversible sur la biodiversité : sols, végétation, vie sauvage,
paysages (lacs, canyons, hauts plateaux vont être inondés), climat
(pollution- la fonte de l’aluminium émet du tetrafluoromethane et de
l’hexafluoromethane (gaz à effet de serre) qui sont mille fois plus
puissants que le dioxyde de carbone (CO2) -, fonte des glaciers) et
donc sur la planète. Et ce qui ne disparaîtra pas sous l´eau risque
d’être détruit par l´érosion éolienne. Alors que l’endroit a le
privilège d’avoir une végétation ininterrompue du glacier jusqu’à la
mer.

Selon les spécialistes le projet va affecter un total de 3000 km2,
soit presque 3% de l’Islande.

Plusieurs régions sont menacées par des projets à venir. A
l’invitation des autorités islandaises les multinationales font la
queue :
Thjorsarver (un site sur la liste Ramsar), par exemple, au sud du
glacier Hofsjökull, est en danger depuis longtemps mais il semblerait
que nous soyons sur le point d’obtenir gain de cause, en ce qui
concerne ce site ; les déclarations du nouveau ministre de
l’environnement sont enfin rassurantes.
Cependant ALCOA projette déjà une seconde usine dans le Nord du pays,
et ALCAN (au sud de Reykjavik) et Century Aluminum (au nord de
Reykjavik) ont d’ores et déjà reçu le feu vert pour élargir les
installations qu’elles exploitent déjà dans le Sud-Ouest de l’Islande,
ce qui demande encore plus d’énergie.
Century Aluminum souhaite construire une deuxième usine près de
Keflavik, à Helguvik et ALCOA souhaite construire encore une deuxième
usine au nord près de Husavik.
R&D Carbon Ltd. a obtenu en avril 2005 le feu vert pour un projet
hautement polluant d’usine de pile à combustible à Katanes, dans la
région de Hvalfjördur, au nord de Reykjavik et ce malgré le fait qu’un
site Ramsar (Grunnafjordur) à proximité va être touché.

En tout il s’agit de six usines : les deux qui existent déjà près de
Reykjavik, celle de Reydarfjördur (Karahnjukar) et les trois autres en
projet.

Par ailleurs, la population islandaise n’a jamais été consultée en ce
qui concerne le projet, et malgré le verdict de l’Agence nationale de
planification d’Islande qui conseille les autorités en matière de
développement urbain, économique et technologique, le 1er août 2001 :
« les conséquences à moyen et à long terme du barrage sur l´écosystème
islandais sont telles que nous désapprouvons le projet de construction
 », la ministre de l´environnement a néanmoins approuvé le projet le 20
décembre 2001. Le silence des médias sur ce projet depuis ce jour
jusqu’au vote du parlement le 8 avril 2002 est impardonnable.

La Haute Cour de Justice d’Islande a rendu un arrêt en juin 2006
invalidant la décision qui permettait à l’usine d’échapper à l’étude
de son impact sur l’environnement. L’étude est en cours, malgré cela
le permis de construire n’a toujours pas été invalidé : Bechtel
continue la construction en toute impunité. Nous avons le malheur
depuis 1999 d’avoir eu trois ministres de l’environnement qui tous ont
voté pour la construction des barrages à Karahnjúkar et pour l’usine
d’aluminium à Reydarfjördur.

Depuis cinq ans des protestations spontanées sans précédent en Islande
se sont multipliées dans le pays dont une grande manifestation à
Reykjavik en février 2003. La mobilisation internationale et les
actions qui ont été menées l’été dernier en Islande, campagnes de
sensibilisation, manifestations, camp de protestation sur le site de
Karahnjukar, et notamment premier « lock-on » de l’histoire de
l’Islande, ont eu un grand impact médiatique sur le pays... une grande
manifestation a encore eu lieu en juin dernier à Reykjavik.

Le rassemblement de 2006 qui commence le 21 juillet est organisé par
l’association Íslandsvinir (Les Amis de l’Islande), il aura lieu dans
une zone à proximité de Kárahnjúkar.
Il incarnera la lutte contre l’écocide géant en cours sur l’île et
réunira des centaines de sympathisants internationaux, d’islandais
ainsi que de nombreuses associations.
Comme en janvier 2006, où des groupes de variété internationalement
connus, entre autres les Islandais Sigur Ros et Björk, se sont
produits lors d’un concert de soutien au combat à Reykjavik, plusieurs
groupes de la scène internationale nous apporteront leur soutien actif
et artistique.

Le but de ce rassemblement est d’assurer une opposition non-violente à
la destruction de la nature islandaise et de ses ressources
naturelles, d’informer le public des enjeux de ce plan général de
développement de l’île dont nous avons fait état ici. Le rassemblement
proposera de nombreux événements artistiques et politiques afin de

donner un écho important au combat.
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* STRAUMSVIK (Alcan) 178.000 t/an au sud de Reykjavik :
http://www.alcan.is/ ?PageID=95
= Projet d’agrandir et de doubler la production.

* GRUNDARTANGI (Century Aluminum) 90.000 t / an
http://www.nordural.is/default.asp ?sid_id=3151&tre_rod=002|001|001|&tId=1

= Projet d’agrandir et de doubler la production.

* REYDARFJORDUR (Alcoa ; constructeur de l’usine : Bechtel) Production
prévue : 346.000 t/an
- vue AVANT la construction de l’usine :
http://www.ismennt.is/not/jonasg/reydarfjordur/
= Electricité de l’ensemble des barrages de KARAHNJUKAR, le réservoir,
la déviation d’une rivière.

* HUSAVIK Projet d’une usine d’aluminium dans le nord, à HUSAVIK
(Bakki) (Alcoa) 250.000 t/an
http://www.alcoa.com/iceland/en/alcoa_iceland/smelter.asp

* HELGUVIK Projet d’une usine d’aluminium prévue sur le Reykjanes à
HELGUVIK (Century Aluminum) 250.000 t/an
http://www.nordural.is/Default.asp ?Sid_Id=1879&tId=2&Tre_Rod=002|&fre_id=25284&meira=1

* KATANES Projet d’usine de pile à combustible.
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[* KARAHNJUKAR (IMPREGILO etc.) : Production en électricité prévue 690
MW (barrage de Karahnjukar (hauteur 193 m), les deux barrages de
chaque côté, le barrage de SAUDARA (25 m) et le barrage de DESJARA (60
m) ; longueur de ces 3 barrages : 3 km. superficie du réservoir
principal, HALSLON, surface prévue de 57 km2.
Voir : http://www.karahnjukar.is/EN/article.asp ?catID=323&ArtId=495 ]
* Entre Reydarfjordur et Karahnjukar : deux lignes à haute tension, 53
km de HT, passent par des belles vallées
http://www.karahnjukar.is/category.asp ?catID=235

La gauche verte : http://www.vg.is/default.asp ?page_id=6181

[*HJORLEIFUR GUTTORMSSON : Hjorleifur est l’homme qui a réussi
(jugement de la Haute Court) à obtenir que le site de l’usine de
Reydarfjordur subisse la procédure normale : une évolution d’impact
environnemental. L’étude est en cours, la construction de l’usine n’a
cependant pas été suspendue… la construction dans ces conditions
devrait être jugée illégale… ; fin de la période de consultation
publique le 8 juin 2006 : http://www.eldhorn.is/hjorleifur/]

Hanna Steinunn Thorleifsdottir
11/7 2006

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Les cheminées, dans un désert blanc, divisent l’Islande
New York Times
4 janvier 2007
Par Sarah Lyall

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Liberation

Islande
Barrage contre nature

Construit contre l’avis des écologistes, d’experts et d’une partie de l’opinion, le gigantesque barrage de Kárahnjúkar doit fournir de l’électricité pour le profit exclusif d’une fonderie d’aluminium américaine. Sans parvenir à retenir les habitants.
Par Anne-Françoise HIVERT
QUOTIDIEN : Mercredi 27 septembre 2006 - 06:00
Islande, envoyée spéciale

Les cars arrivent à 13 heures tapantes à Egilsstadir. Les passagers descendent sur le parking de la station-service, à l’entrée de la ville de 1 500 habitants, située à l’est de l’Islande. La plupart sont des hommes. Ils parlent polonais, chinois ou italien. Ils vont faire un tour à la supérette restée ouverte le dimanche, avant de s’attabler à la cafétéria. Certains profitent d’une éclaircie pour aller siroter un café au soleil, ou manger une glace dehors. Les Islandais sont invisibles, ou presque. Le dimanche, à Egilsstadir, on préfère rester chez soi. « Une de mes amies s’est fait siffler alors qu’elle promenait son chien », s’indigne une habitante.
En fin d’après-midi, les visiteurs remontent dans leurs cars. Direction : Kárahnjúkar, à une cinquantaine de kilomètres. Les hommes, presque tous étrangers, travaillent sur le chantier, au nord du glacier de Vatnajökull. L’ouvrage, gigantesque, comprend cinq barrages, dont le plus grand mesure 193 m de haut et 730 de large. D’ici à 2007, les eaux submergeront 57 km2 de terre. Et d’ici à 2009 la centrale électrique disposera d’une capacité de production de 690 MW, soit la moitié de ce que produit actuellement l’Islande. Le tout sera destiné à la fonderie d’aluminium, construite par le géant américain Alcoa, dans le fjord de Reydarfjördur.
C’est l’un des projets les plus controversés de l’histoire du pays. Mais aussi le plus gros investissement que n’ait jamais connu l’île. L’équivalent de 20 % du PIB islandais. « Le projet doit redonner vie à l’Est », explique le ministre de l’Industrie, Jón Sigurdsson. La survie de la région a longtemps dépendu de la pêche, mais l’instauration de quotas et l’épuisement des stocks ont frappé de plein fouet l’économie locale. Les pêcheurs ont vendu leur bateau, les conserveries mis la clé sous la porte. Et les habitants ont quitté la région. En dix ans, la population a diminué de 10 %. En 2000, elle ne comptait plus que 12 000 habitants.
Sólveig Bergsteinsdóttir, qui gère le centre d’information sur Kárahnjúkar créé par la compagnie d’électricité Landsvirkjun, témoigne : « Ce n’était pas beau à voir. Les villages se vidaient. Les gens étaient déprimés. » Une habitante d’Egilsstadir confirme : « Les jeunes n’avaient plus d’avenir ici. Il fallait qu’ils partent. Leurs parents voulaient les suivre, mais ils ne pouvaient pas : personne n’achetait les maisons à vendre. »
Il y a longtemps que l’idée d’exploiter l’énorme potentiel hydraulique de la région avait germé. « A part les poissons, nos rivières et nos sources géothermales sont les seules ressources naturelles dont nous disposons , observe Sigurdur Arnalds, en charge du projet de Kárahnjúkar auprès de la compagnie d’électricité. Nous avons toujours rêvé d’en tirer profit. » Mais l’Islande ne compte que 300 000 habitants et ses plus proches voisins, les Groenlandais et les Ecossais, vivent à 300 et 800 km de là. Alors, fabriquer de l’électricité, soit. Mais pour qui ?
Un chantier à marche forcée
Au début des années 60, l’île trouve la solution. Elle doit attirer à elle les industries consommatrices d’énergie. Certes, il faudra importer la matière première, et exporter les produits finis. Mais elle propose de vendre son électricité à des prix ultracompétitifs. En 1966, le groupe Alcosuisse se laisse tenter. Il construit une fonderie d’aluminium au sud du pays. En 1965, l’Etat et la commune de Reykjavik créent la compagnie Landsvirkjun. Sa mission : développer le secteur énergétique islandais. Des agences de marketing sont mobilisées, des brochures imprimées... Quarante ans plus tard, l’Islande devient le premier producteur d’aluminium du monde per capita .
Dans l’est, les élus sont séduits. Pourquoi n’auraient-ils pas droit à leur fonderie ? Originaire de la région, le ministre des Affaires étrangères en fait une affaire personnelle. Avec le premier ministre de l’époque Davíd Oddsson, Halldór Ásgrímsson sera l’un des principaux avocats de la construction du barrage de Kárahnjúkar et de la fonderie de Reydarfjördur. Peu importe l’opposition des écologistes. Les objections de géologues. La démesure du projet. Les chantiers doivent démarrer, à marche forcée. Sigurdur Arnalds résume : « Le monde a besoin d’aluminium, ne serait-ce que pour construire les avions qui transportent les touristes en Islande. N’est-ce pas mieux pour la planète de le produire avec des énergies renouvelables ici, plutôt qu’avec du charbon ailleurs ? » Les arguments, présentés à Kyoto, font mouche. L’Islande est autorisée à augmenter de 10 % ses émissions de gaz à effet de serre, par rapport à 1991.
La mère de Björk en grève de la faim
Les écologistes protestent. « C’est la plus grosse catastrophe naturelle causée par l’homme dans l’histoire au pays », affirme Steingrímur Sigfússon, le leader du parti Gauche verte. En 2004, la mère de la chanteuse Björk mène une grève de la faim de trois semaines pour protester contre le projet, tandis que sa fille dénonce « le sacrifice de la nature au profit du progrès ». Le ministre de l’Industrie s’insurge : « Fallait-il que nous rejetions le progrès et que nous continuons à vivre comme des esquimaux pour amuser les riches touristes américains ? »
Le poète Andri Magnason évoque, lui, « une nation en état de guerre psychologique ». Son dernier livre, intitulé Dreamland _ a self-help book for a frightened nation (« Le pays de rêves. Guide de survie pour une nation effrayée »), s’est vendu à 14 000 exemplaires, un record. Il y dénonce « la propagande qui fait de la beauté de l’Islande l’ennemi du progrès ». Le biologiste Gudmundur Pall Olafsson photographie la zone bientôt inondée. Il dit avoir été accusé par les membres du gouvernement de trafiquer ses clichés pour embellir la nature. Le journaliste Omar Ragnarsson, auteur d’un documentaire sur la région, raconte lui aussi : « On a essayé de m’intimider, en menaçant ma femme et mes amis. Soit j’arrêtais de parler de la destruction de la nature, soit j’allais payer très cher. » En 2003, 700 personnes de l’est du pays demandent sa démission _ mais son employeur de l’époque, une chaîne de télévision, prend sa défense.
Plusieurs experts évoquent des pressions. Le géologue Grimur Björnsson, employé par l’Agence nationale de l’énergie, rédige en 2002 un mémo, qui met en garde contre l’instabilité géologique de la région de Kárahnjúkar. Le document est enterré par sa direction. Les députés n’en entendront jamais parler, jusqu’à cet été. Pourtant, la compagnie d’électricité affirme aujourd’hui avoir pris l’étude au sérieux. L’opposition accuse la ministre de l’Industrie de l’époque d’avoir tenté de dissimuler des informations, pour accélérer les travaux. Elle nie.
Déjà, en 2001, l’adhésion de l’Agence nationale de planification à l’étude d’impact ne devait être qu’une formalité. L’organisme public avait pourtant émis un avis défavorable au projet, jugeant son impact environnemental « substantiel, irréversible et négatif ». Six mois plus tard, la ministre de l’Environnement donne son feu vert, suite à un recours en appel. Pour Steingrímur Sigfússon, c’est bien la preuve qu’il s’agit d’un « joint-venture entre le gouvernement, Landsvirkjun et Alcoa », entre les pouvoirs publics et les industriels.
Et de fait les autorités islandaises déroulent le tapis rouge devant le géant américain. Le niveau des prix négocié entre Landsvirkjun et Alcoa est gardé secret. « Mais ils doivent être très bas pour qu’Alcoa décide de fermer deux fonderies aux Etats-Unis et de transférer sa production en Islande », remarque Arni Finnsson, le président de l’Association islandaise de conservation de la nature (Inca). Comme nombre de ses collègues, le professeur d’économie Thórólfur Matthíasson « doute de la profitabilité du projet ». D’autant que la main-d’oeuvre islandaise censée accourir pour repeupler cet Est déserté se fait rare. Le groupe italien de BTP Impregilo, qui a décroché le contrat de construction du barrage de Kárahnjúkar, devait embaucher 1 500 ouvriers. Seulement un quart sont Islandais. Beaucoup n’ont pas tenu. « Les logements étaient épouvantables, les salaires bien en dessous de ce que prévoient les accords collectifs et l’ambiance était horrible », affirme le patron du Syndicat des électriciens (RS’), Gudmundur Gunnarsson _ le père de Björk. Impregilo finit par aller recruter en Chine, où la compagnie a construit l’immense barrage des Trois-Gorges.
Désillusions et vies brisées
Pour calmer les esprits, Alcoa et Landsvirkjun n’hésitent pas à mettre la main à la poche. De nouvelles routes sont construites. La société américaine perce même un tunnel entre Reydarfjördur et le village voisin, réduisant de moitié la durée du trajet. Elle construit un gymnase, offre des équipements ultramodernes à l’hôpital, finance le voyage scolaire des enfants du coin et un stage de formation de policiers aux Etats-Unis. Certains habitants recommencent à faire des projets. D’autres, en revanche, décrivent désillusions et vies brisées. Le fermier Gudmundur Ármannsson vit à une vingtaine de kilomètres d’Egilsstadir, dans la maison construite par son père. Deux lignes à haute tension traversent désormais la vallée en contrebas. Le projet hydroélectrique a bouleversé la vie de ses voisins. « Le fils du premier devait reprendre la ferme. Il est mort dans un accident sur le barrage. Le second est parti. Il craignait que les lignes électriques nuisent à la santé de ses enfants. Le troisième et le quatrième ont reçu des compensations financières pour les poteaux sur leur terrain. Ils ont vendu leur bétail et l’un d’entre eux sa maison. Enfin, le cinquième a décidé d’aller travailler en ville, où la main-d’oeuvre manquait. »
Une fois les travaux finis, d’ici à 2009, Alcoa prévoit d’embaucher plus de 450 personnes. Le groupe a promis de ne recruter que des Islandais. Mais Alfred, qui habite à Neskaupstadur, n’y croit pas : « Dans mon village, Alcoa a proposé aux élèves un stage de formation pour travailler à la fonderie. Seulement deux ont accepté. Ils ont arrêté avant la fin. » Les habitants de Reykjavik viendront-ils s’installer à l’Est, alors que la main-d’oeuvre manque partout ailleurs ?

Le projet devait repeupler la région. Selon l’Institut des statistiques, les habitants continuent de partir. « On est en train de tuer la communauté locale », s’insurge Gudmundur Beck.
Cet été, ce fermier de Reydarfjördur a bloqué pendant plusieurs heures les travaux de construction de la fonderie, avec un groupe de jeunes activistes venus de toute l’Europe pour protester contre le projet. Alcoa lui réclame 130 000 € de dommages et intérêts.

Il parle de partir. « A moins, glisse-t-il, que l’esprit de la sorcière se réveille. » La sorcière ? Selon la légende, c’est elle qui aurait coulé le bateau de pirates venus attaquer le fjord en 1627, et elle encore qui aurait poussé un avion militaire allemand à s’écraser dans les collines en 1941. Récemment, l’église du village d’Eskifjördur est partie en fumée. Le prêtre était un partisan de la fonderie...

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Le "barrage de l’aluminium" divise l’Islande
LE MONDE - 29.07.06 - REYKJAVIK ENVOYEE SPECIALE


 


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