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Le PDG de France télévisions Carolis est un proche de Bernadette Chirac


Relations incestueuses entre politiques et journalistes : épisode n° 58

dimanche 5 février 2006, par Esteban


Patrick de Carolis, à la tête de France télévisions, est un proche de Bernadette Chirac,

l’épouse du président de la république


  • Source : Le quotidien Libération.

Patrick de Carolis . Télé guidé

Le 6 juillet, l’ex-animateur de « Des racines et des ailes » accédait à la tête de France Télévisions.

Depuis, ce proche de Bernadette Chirac choisit ses collaborateurs dans les arcanes du pouvoir : trente ans après la fin de l’ORTF, le service public ne s’est pas affranchi de ses liens incestueux avec la politique.

par Raphaël GARRIGOS et Isabelle ROBERTS QUOTIDIEN : lundi 26 septembre 2005

Vengeance ! Ambition ! Complots politiques ! Ne manque qu’un peu de sexe et de sang pour faire de France Télévisions une véritable saga romanesque...

Le héros en a la prestance : faux air d’hidalgo, quasi 2 mètres, voilà Patrick de Carolis, 51 ans, président de la télé publique depuis le 6 juillet. Télé publique qui a coupé depuis plus de trente ans le cordon ombilical avec le pouvoir politique, pour se placer sous la vigilante houlette du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA). Mais c’est pour de rire. Car si l’on trousse le jupon de l’élection de Carolis, limpide en apparence ­ un seul tour de scrutin et l’affaire était jouée ­, on y trouve un concentré de ce qui fait l’ordinaire de la télé et notamment du service public : ses incestueuses relations avec le pouvoir politique. A chaque épisode de la saga Carolis, des pressions. Au final, France Télévisions se retrouve avec à sa tête un président, confesseur officiel de Bernadette Chirac (ils ont eu un livre ensemble, en 2003, Conversation), des directeurs piochés qui à Bercy, qui chez le (chiraquien) porte-parole du gouvernement Jean-François Copé, qui parmi les proches du Premier ministre.

Acte I : les grandes manoeuvres

Début juin, le PAF déprime. L’élection du président de France Télévisions devrait agiter le landernau, en fait, tout le monde s’en fout. Balayé par le référendum, Raffarin a laissé son fauteuil à Villepin qui a d’autres chats à fouetter, croit-on alors. Marc Tessier postule à sa succession et on attend avec le même enthousiasme que Patrice Duhamel, 59 ans, vieux routier des médias (TF1, la Cinq, Radio France, France 3, France 2, et le Figaro), se déclare. Bombardé homme providentiel, sollicité par l’Elysée comme par la gauche, Jean-Pierre Cottet préfère rester au chaud à la tête des télés de Lagardère. Le 13 juin pourtant, jour de la clôture des candidatures, il y a une surprise. De Duhamel, point. A sa place, Patrick de Carolis, l’homme des Racines et des ailes (France 3), respectable douairière du service public. Un joli coup joué par ces vrais amis de trente ans. Carolis et Duhamel se sont connus en 1975 à TF1 et ne se sont jamais plus quittés. A cette époque, dans les couloirs de la Une, on croise un autre jeune journaliste, Dominique Baudis, futur président du CSA...

Comme d’autres refont le monde, Duhamel et Carolis refont la télé publique en fin de repas. Le premier, évincé par Marc Tessier en 1999, remâche l’idée d’en prendre les rênes. Début 2005, ils se décident à faire candidature commune : Duhamel en président et juste en dessous, Carolis, qui n’a jamais dirigé de grandes entreprises. Pourquoi, au final, l’inverse se produit-il ? L’entourage des deux hommes martèle la version d’« une décision prise entre grands garçons. Ils sont convenus que Patrick incarnait mieux que Patrice une télé publique moderne ». Sans doute. Mais il y a surtout le passé giscardien de Duhamel, lointain mais encore vivace à l’Elysée. Pour Chirac : Duhamel, c’est niet. En revanche, Carolis... Bernadette verrait d’un très bon oeil son porte-plume diriger la télé publique. Quand Jean-Pierre Raffarin démissionne début juin, Duhamel perd un soutien et met son rêve en berne ; il le vivra par procuration en devenant le numéro deux de son poulain. Carolis, lui, a plusieurs atouts. Bernadette, donc. Ses Racines, ensuite : « Carolis passe bien chez ma concierge », persifle un fielleux. Grâce à son émission et au festival qu’il a créé à Rocamadour (Lot), il s’est constitué un réseau très dense, élus, personnalités de la culture, producteurs, « proche de celui d’un ministre des Affaires étrangères », décrit un connaisseur.

Acte II : la vengeance de Baudis

Pour Marc Tessier, l’affaire est mal engagée. Elu en 1999 sous la gauche, il a désormais face à lui un CSA dont huit des neuf membres ont été nommés par la droite. Certes, cet énarque et inspecteur des Finances se présente auréolé de sa bonne gestion de France Télévisions, mais le CSA l’attend sur les programmes et l’identité du service public. C’est la bonne vieille opposition qui, en alternance, fait et défait les présidents de France Télévisions. Après Tessier le géomètre, c’est au tour d’un saltimbanque. Et puis, Tessier a des ennemis au CSA : les conseillers Philippe Levrier et Agnès Vincent, qu’il a limogés de France Télévisions. Mais, surtout, Dominique Baudis, qui ne lui pardonne pas le traitement de l’affaire Alègre dans lequel il s’est vu injustement accuser de viol et de meurtre. Son tort ? Un reportage dans le 20 heures de France 2 en mai 2003 qui laissait la parole aux élucubrations du travesti Djamel, ses soirées sadomaso avec des notables toulousains, la petite Marion, Tony Blair... « Baudis est très rancunier, témoigne un membre du CSA. Une fois qu’il a été déçu, ça ne passe plus. » Il va donc faire campagne contre Tessier. D’autant plus tranquillement qu’il est proche de Carolis et surtout de Duhamel. C’est Baudis qui avertit Duhamel qu’il ne recueillera pas suffisamment de suffrages, Baudis encore qui fera tout pour que les cinq voix de la majorité soient acquises à Carolis. Quitte à taper du poing sur la table.

En face, épaulé par Anne Méaux, attachée de presse de luxe, Tessier compte ses alliés. Il a une partie de l’Elysée dans sa poche : Claude Chirac et le conseiller audiovisuel Alain Seban, qui ne se montre pas avare en invitations à déjeuner de conseillers du CSA. Maurice Druon, camarade d’Académie de Maurice Genevoix, intervient pour le compte de Tessier auprès de la fille de l’écrivain, Sylvie, membre du CSA. Le 4 juillet, au matin de l’audition de Tessier, Villepin soutient publiquement Tessier dans le Figaro. Du jamais vu dans les annales du CSA, où les coups de pouces amicaux et coups de fil décisifs se font en catimini. Le conseil crie au scandale et se drape dans sa dignité d’instance indépendante blessée. Pour Carolis, la sortie de Villepin est une aubaine. « Ça a eu un effet pervers, détourner l’attention. Alors que les soutiens politiques de Carolis étaient beaucoup plus voyants », analyse un observateur.

A la veille du scrutin, Matignon remet ça, appelant certains conseillers jusque tard dans la nuit pour les enjoindre de voter Tessier. Mais Baudis a minutieusement préparé l’élection de Carolis. Le mercredi matin, quelques minutes avant le vote, il réunit les cinq conseillers pro-Carolis pour s’assurer qu’ils ne vont pas voter à côté de l’urne. Il est 9 heures. A 9 h 30, la messe est dite : Carolis recueille cinq voix, la majorité absolue, il est élu président de France Télévisions pour cinq ans.

Victoire pour Baudis ? Vite dit. Quelques semaines après le vote, le Premier ministre ratiboise une rallonge budgétaire promise au CSA. En souvenir de Tessier ?

Acte III : la filière Copé

Sitôt élu et en attendant son intronisation officielle le 22 août, Carolis s’installe au Ponant, un immeuble de verre tout proche du siège de la télé publique. Il se fait livrer les dossiers. Quelques surprises : les contrats de certains producteurs (dont celui de Jean-Luc Delarue) ont été signés la veille de l’élection... Sinon, il reçoit et il congédie. Et c’est un ménage radical : exit tous les directeurs de chaînes hormis celui de RFO, François Guilbeau, proche du pouvoir. Même Philippe Chazal, directeur général de France 4, la jeune chaîne TNT, n’en réchappe pas, malgré les excellentes relations de sa soeur Claire, présentatrice du 20 heures de TF1, avec le ministre de la Culture et de la Communication, Renaud Donnedieu de Vabres. Autre cas particulier, celui de Christopher Baldelli, DG de France 2 et proche de Sarkozy. Ses fonctions lui ont été retirées mais, pour l’heure, il n’a toujours pas été viré.

Prudent, Patrick de Carolis fait son marché dans les allées du pouvoir, sans mettre tous ses oeufs dans le même panier. Philippe Baudillon, le nouveau DG de France 2, plus connu pour avoir loupé les JO de 2012 que par sa grande expérience télévisuelle, est un proche de Villepin. Au côté de Patrice Duhamel, chargé des programmes, le directeur général en charge de la gestion et des finances, Thierry Bert, venu de Bercy, est passé par le ministère de l’Economie version Balladur, par l’Elysée version Mitterrand et par l’Inspection des finances.

Mais c’est la filière Copé qui fait jaser. Quelques jours à peine après son élection, Carolis s’est trouvé un directeur de cabinet en la personne de Damien Cuier, issu du cabinet du porte-parole du gouvernement et ministre délégué au Budget. A l’ANPE-Copé, Carolis recrute aussi Bastien Millot. A 33 ans, ce jeune homme (qui a connu le ministre à Sciences-Po comme prof avant de devenir le directeur adjoint de son cabinet) réalise son rêve : entrer à la télé. C’est Millot qui habitait l’appartement personnel de Copé, alors que celui-ci occupait un dispendieux logement de fonction. Plus grave, Millot a été condamné fin 2004, alors qu’il était adjoint au maire de Beauvais, à une amende de plus de 30 000 euros ­ toujours pas réglée ­ pour « faux en écriture publique et abus de fonction » : des heures supplémentaires indues à un chauffeur de la ville. Mais tout ça, c’est du passé, jure Millot, bombardé « directeur délégué en charge de la stratégie, de l’innovation et de la communication », directement sous les ordres de Carolis. Le poste lui permet d’avoir l’oeil sur les programmes, et ce, sans aucune expérience télévisuelle ! Enfin, l’entourage de Sarkozy l’accuse d’être le rédacteur des argumentaires anti-Sarko, pour le compte de la Chiraquie. Millot dément. Comme il dément avoir fait circuler la photo d’un certain Richard Attias, « l’ami » de Cécilia Sarkozy.

Il n’en faut pas plus pour que certains voient dans l’organigramme de Carolis une machine de guerre mise en place par l’Elysée pour tuer Sarkozy parce que, explique un connaisseur, « l’Elysée est persuadé que Sarkozy est chez lui à TF1 ». Plus pragmatiques, d’autres analysent les recrutements de Carolis comme un intérêt bien compris : « Carolis pioche chez Copé et à Bercy pour pouvoir négocier le budget de France Télévisions », en court-circuitant Donnedieu. Bref, le nouveau président se sert dans le gouvernement afin de s’en attirer les bonnes grâces.

La pratique n’est pas nouvelle, Marc Tessier et d’autres avant lui avaient puisé chez les politiques afin de leur donner des gages. Mais rarement elle a été aussi voyante et si brutale. Pour le député PS Didier Mathus, « c’est la première fois qu’on retrouve aussi vite des collaborateurs de ministres à France Télévisions. En plus, deux types qui viennent directement du porte-parole du gouvernement ! » Un élu UMP renchérit : « On est revenus au temps de l’ORTF : l’Etat donne ses ordres et dépêche ses agents sur la télé publique. »

Mais pour quel résultat ? Pas sûr que les rédactions du service public, peu réputées pour leur souplesse, se laissent faire sans dire mot. « Qu’on nous juge sur nos actes », clame Bastien Millot. Bientôt, sera diffusé un grand show caritatif sur France 3 mettant Bernadette Chirac en vedette. C’est Tessier qui l’a programmé. Ce qui aurait de la gueule, c’est que Carolis supprime le Bernie Show.

En trustant largement les postes de direction à France Télévisions, la filière Copé fait jaser : Damien Cuier, issu du cabinet du porte-parole du gouvernement, et Bastien Millot, 33 ans, protégé du ministre, travaillent désormais pour Carolis.

 


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