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La lutte des places au CSA : le député-maire UDF Baudis nommé par M. Chirac


mardi 20 décembre 2005, par Esteban


Audiovisuel :

La nomination contestée de Dominique Baudis à la présidence du CSA.


La lutte fait rage au sein du Pouvoir pour régenter l’univers ds médias en France. Désormais c’est un ancien député-maire UDF qui va diriger le CSA. Dans ces conditions on comprend mieux pourquoi aucune place ni aide au financement public conséquent n’ait été proposé à des chaînes citoyennes comme Zaléa TV.

Dans le bocal télévisuel, seules les chaînes capitalistes (TF1, M6, Canal +) privées , et les chaînes étatiques (France 2, 3, 5 et Arte) ont le droit et la possibilité d’émettre sur le chaînes hertziennes.

La TNT (la télé numérique terrestre) a également été interdite de fait aux chaînes citoyennes, aucun budget de soutien n’ayant été proposé ou accepté, contrairement à ce qui se pratique dans l’univers de la radio où des centaines de radios libres sont aidées : cela permet la diversité et le pluralisme qui est nécessaire à toute démocratie.

On comprend mieux désormais où va désormais l’argent public dans l’univers télévisuel : à des programmes mièvres, tièdes, ou pour gonfler les salaires de millionaires producteurs-animateurs comme Jean-Luc Delarue.

*******************

Article publié dans L’Humanité :

La tour Mirabeau penche à droite

Le député et maire UDF de Toulouse, Dominique Baudis, a été nommé président du CSA par Jacques Chirac. Une décision controversée.

Sa possible nomination suscitait depuis un mois une vive polémique mettant en cause l’impartialité requise de celui qui doit exercer une fonction d’arbitre au sein de l’instance de régulation de l’audiovisuel. Jacques Chirac a tranché. Un communiqué de l’Élysée a annoncé, hier, la nomination de Dominique Baudis à la présidence du Conseil supérieur de l’audiovisuel, instance créée en 1989.

L’actuel député et maire UDF de Toulouse remplacera Hervé Bourges, dont le mandat vient à expiration le 23 janvier. Ce soir-là, comme il l’a lui-même indiqué, Hervé Bourges prendra le métro pour rentrer chez lui. Dominique Baudis pourra récupérer le lendemain les clefs de la voiture d’une fonction qu’il convoitait " sans être candidat " depuis des semaines.

Le dernier des comtes de Toulouse, comme l’appellent autant ses amis que ses adversaires, fait son entrée dans la tour Mirabeau, siège du CSA à Paris, après avoir annoncé qu’il ne briguerait pas de nouveau mandat électif tant municipal que législatif. Ce qui n’empêche pas cette figure de proue du centrisme d’exercer son influence tant pour le soutien à son successeur désigné à Toulouse, Philippe Douste-Blazy (UDF), qu’au sein du comité éditorial du Figaro qu’il préside depuis mai 2000. Il y a succédé à Alain Peyrefitte, ancien ministre de l’Information.

Dernièrement, Dominique Baudis avait aussi pris une part active à la constitution d’un appel à l’Union de la droite paru en décembre dans le Figaro. La décision du président de la République est éminemment politique. Elle ne surprend pas pour autant. C’est aussi une manière pour Jacques Chirac de flatter dans le sens du poil les plus chiraquiens des centristes à un an de la présidentielle. Dominique Baudis, fondateur en 1965 des Jeunes démocrates, fut aussi un animateur de la campagne présidentielle de Jean Lecanuet. Il peut ainsi être placé " en position d’attente " - son mandat est de six ans - à l’abri des coups et des querelles qui divisent la droite.

À la mairie de Toulouse depuis 1983, où il a succédé à son père, Pierre Baudis, il a été auparavant journaliste à la télévision pendant une dizaine d’années. Sa carrière politique commence en mars 1983 avec son élection à la mairie de Toulouse. Il a aussi conduit la liste UDF-RPR aux élections européennes de 1994. Depuis fin 1998, il est membre du bureau politique et du conseil de la présidence de l’UDF.

Politique, il l’est donc au moins tout autant que journaliste. Sa nomination a relancé la polémique. Dominique Baudis, qui prendra ses fonctions le 24 janvier, a assuré qu’il les exercerait " dans un esprit d’indépendance, d’impartialité et de recherche constante de l’intérêt général ". Mais François Hollande, premier secrétaire du PS, a déploré le " mauvais choix " du président de la République, jugeant qu’il entraînait " une politisation " : cela " n’a rien à voir avec la personnalité de M. Baudis, mais c’est une question de principe ", a-t-il déclaré. Fin décembre, il avait jugé choquante sa possible nomination à la tête du CSA. Robert Hue avait, pour le PCF, considéré comme " un sérieux coup porté au pluralisme " cette éventualité, devenue réalité.

Juste avant l’annonce officielle de cette nomination, la ministre de la Culture et de la Communication, Catherine Tasca, a estimé que c’était " peut-être l’occasion de réfléchir à la composition et aux modalités de désignation des membres des instances indépendantes ". " Compte tenu des commentaires qui ont déjà été faits, je vois revenir le soupçon sur une institution qui devrait être installée dans une position de régulation, donc au-dessus des débats, du seul fait qu’on choisit une personnalité dont on ne peut pas nier qu’elle a un véritable engagement politique ", a-t-elle ajouté, à l’issue du Conseil des ministres. Mais depuis sa création - il en va de même pour d’autres institutions comme le Conseil constitutionnel -, les désignations ont de fait un caractère politique. Pour ce qui concerne le CSA composé de neuf membres, trois sont nommés par le président du Sénat, trois par le président de l’Assemblée nationale, et trois par le président de la République à qui il revient en outre de désigner le président. La cohabitation favorise les mouvements de balancier.

Quoi qu’il en soit, c’est un compagnon de route depuis vingt ans de François Léotard, l’artisan de la loi sur l’audiovisuel en 1986 et de la privatisation de TF1 (entre autres), qui a été nommé à la présidence du Conseil supérieur de l’audiovisuel.

Outre le président du CSA, trois autres membres de cette instance ont été désignés. Le président de la République a ainsi nommé Yvon Le Bars, soixante et un ans, ingénieur en chef des Mines et membre jusqu’à début janvier de l’Autorité de régulation des télécommunications (ART), spécialiste du numérique hertzien, en remplacement de Véronique Cayla qui va devenir directrice générale du Festival de Cannes. Le président du Sénat, Christian Poncelet, a désigné Philippe Levrier, cinquante et un ans, ancien directeur général de France 3, en remplacement de Jean-Marie Cotteret. Et le président de l’Assemblée nationale, Raymond Forni, a désigné Francis Beck, cinquante-trois ans, président de l’INA, en remplacement de Philippe Labarde.

Claude Baudry

 


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